Les recommandations de 2019

Qu’est-ce que nos oreilles chercheuses ont préféré écouter en 2019 ? Exceptionnellement, les Moissonores au grand complet (vous en avez de la chance) vous proposent un florilège de l’année : Undiscovered, Incredibilis, Podcast Brunch Club, Salut l’info, Les chemins de désirs, Le Grain des choses et Trapped in Syria.
Vous avez déjà tout écouté ? Retrouvez en fin d’article notre liste bonus…

Undiscovered – Spontaneous génération*

UD_PodcastAlbum28129_X8SPCU9Grégoire : Pourquoi avons-nous cru, au gré des époques, à des choses qui se sont révélées fausses ? Et comment a-t-on fini par changer d’avis ? C’est à ces questions que s’intéresse une mini-série du podcast scientifique Undiscovered. Chacun des épisodes qui la composent raconte une histoire passionnante sur une croyance ancrée qui s’est révélée erronée, et sur comment la science a remis les pendules à l’heure… ou conforté nos idées fausses !

Tous les épisodes sont très bons, je vous recommande particulièrement celui sur la “génération spontanée”. Apparemment pendant plus de 2.000 ans, jusqu’à il y a moins de 200 ans, on croyait que des êtres vivants pouvaient venir à la vie à partir de… matière non vivante. Une croyance qui conduira à un duel de scientifiques. Tentant de montrer que la génération spontanée est une réalité, Félix Archimède Bouchet s’est ainsi opposé à Louis Pasteur, qui a voulu prouver l’inverse.

L’interview d’un historien des sciences dans cet épisode est très claire, on se laisse porter par le récit qu’il fait de cette histoire au fil de l’entretien, tout en apprenant, au passage, quelques informations historiques et scientifiques.

* Podcast anglophone

Incredibilis – Chapitre 19 : La survivante du grand nord, le pilote d’avion de chasse le plus humain et le meilleur de tous les arnaqueurs

GdIEEXCLNfNxtnmiOqLh6quHfe8FryVL5iL3A6b8_400x400Fanny : Vous avez un long trajet à faire ? Plus d’une heure à attendre ? Une grosse séance de ménage en perspective ? Ou juste quelques heures de libres devant vous ? Alors téléchargez un épisode du podcast Incredibilis et le temps passera plus vite.

Raconter des histoires extraordinaires pour captiver les foules ce n’est pas nouveau, les plus anciens se rappelleront de Pierre Bellemare et de sa diction si particulière. Mais raconter des aventures hors du commun et positives avec jovialité sans tomber dans le potache c’est plus rare… et c’est ce qu’ont fait toute cette année les deux créateurs du podcast Incredibilis.

Arthur et Thomas se sont spécialisés dans les histoires qui restent en tête, des destins de personnes qu’on ne peut pas oublier et qui deviennent des légendes. Ils mettent un point d’honneur à dénicher de grand.e.s inconnu.e.s (ou presque), de surprendre l’auditeur.rice, avec des histoires toujours positives comme ils le disent eux-même dans l’épisode que je vous conseille aujourd’hui.

Un épisode de Incredibilis commence en général par une dégustation de bière (oui je sais je vous parle encore de bière après vous avoir conseillé Binouze USA, promis c’est pas fait exprès) car ils ont depuis quelques mois un partenariat avec le site Bieronomy. Une fois cette introduction passée (elle peut parfois durer 10 minutes, oui je sais c’est long, mais vu la durée totale de l’épisode ils peuvent se le permettre), ils vont chacun leur tour raconter une ou plusieurs histoires extraordinaires dont ils ont le secret. Dans l’épisode 19, vous entendrez notamment l’histoire d’un aviateur allemand au grand cœur et celle d’une exploratrice de l’extrême malgré elle.

La longueur des épisodes vous décourage ? Sachez qu’avec un podcast d’une telle qualité on ne voit pas les minutes passer. Je milite pour plus de podcasts longs (au moins deux heures) bien rythmés et bien montés, ou tellement bien enregistrés qu’ils n’ont pas besoin d’être montés (ce qui est assez rare actuellement).

Podcast Brunch Club – Free Will*

PBC-3000x3000-e1544072182126.pngCharlotte : Découvert en 2019, Podcast Brunch Club est un méta-podcast qui reprend le concept d’un club de lecture, appliqué au balado ! Chaque mois, il explore un thème choisi par ses membres au travers d’une sélection de 3 à 5 épisodes réunis dans une playlist accessible en ligne et téléchargeable sur toutes les plateformes audio. Les sujets sont ensuite débattus par la communauté virtuelle (via les réseaux sociaux, Reddit, même par visioconférence) ou en personne lors de rencontres mensuelles des sections locales de PBC.**

Le réseau compte aujourd’hui 70 antennes dans 18 pays et continue de s’étendre. Si les épisodes ont jusqu’à présent toujours été anglophones, la communauté est quant à elle tout à fait polyglotte ! La beauté du concept voudrait donc qu’un auditeur baladeur puisse voyager de Bishkek à Vancouver et discuter la playlist (qui reste la même pour tous) avec chacune des sections de PBC.

J’avoue ne pas avoir été séduite d’emblée, n’étant pas très assidue et préférant consacrer mon temps d’écoute aux podcasts que j’ai vraiment envie de découvrir. PBC m’a néanmoins permis d’élargir mon champ d’écoute et réunir des idées de futures recos pour les Moissonores ! Et en déménageant à l’étranger, j’ai réalisé que ce pourrait être un bon moyen de faire des rencontres autour d’une passion commune : le podcast. Mon prochain déménagement me permettra d’ailleurs peut-être d’ouvrir une nouvelle antenne en 2020…

La playlist change tous les mois, pour autant les sélections des mois précédents restent bien sûr disponibles. Je recommande ainsi particulièrement celle de novembre 2019 sur le thème du libre-arbitre. J’ai longtemps entendu mon père débattre le sujet en fin de repas de famille, démontant les théories religieuses à la faveur des lois de la physique et j’avais grand besoin d’un condensé des divers courants philosophiques pour contrer ses arguments déterministes. Le mélange des formats sélectionnés (fiction, gonzo, talk show etc.) contribue à alimenter également la réflexion. J’ai notamment été marquée par l’allégorie d’un algorithme prenant la main sur nos décisions quotidiennes pour (soi-disant) optimiser notre bien-être… qui ne semble plus si éloigné notre réalité (The Decider – The Truth).

Enfin Adela, la fondatrice de PBC et Sara DaSilva (d’Audible Feast), enregistrent également tous les mois leurs propres réactions, accompagnées d’un invité figurant sur la playlist. L’écoute n’est pas essentielle mais permet de creuser davantage une thématique qui vous passionnerait.

* Podcast anglophone

** Celle de Londres se retrouve par exemple dans un pub, tous les premiers lundis du mois. Les détails pratiques sont apportés en adhérant (gratuitement) à la section.  

Salut l’info ! 3 janvier 2020

AST-podcast-FranceinfoThomas : Si vous vous demandez comment expliquer le terrorisme à un enfant, comment justifier que l’Australie brûle depuis des mois ou quel est l’ancêtre du chewing-gum, c’est cet épisode qu’il faut écouter. Je vous jure, ça marche.

Finie la sempiternelle lecture des étiquettes de lait ou des boîtes de céréales au petit déjeuner. Désormais avec le plus petit (8 ans) on parle terrorisme, écologie, politique, science, histoire ou tout autre sujet d’actu sans peur de dire de bêtises puisqu’on écoute « Salut l’info ! » ensemble et qu’on débriefe.

Le meilleur de 2019 en podcast ne me concerne donc pas uniquement, c’est carrément devenu un rituel hebdomadaire familial depuis la rentrée.

En septembre dernier, France Info et le journal Astrapi ont lancé ce format pour les 7/11 ans (spoiler : ça fonctionne aussi pour les beaucoup plus vieux), un journal d’une douzaine de minutes qui passe en revue trois sujets d’actu, deux rapides et le dernier plus creusé, toujours ponctués d’interventions, de remarques ou de questions d’enfants qui anticipent ainsi les questions que les petits auditeurs pourraient se poser, c’est bien fichu. Mais ça ne s’arrête pas là, Estelle Faure et Julien Moch, tous deux de France info, concoctent avec les journalistes d’Astrapi un vrai déroulé de journal. Après les infos viennent d’autres rubriques : une question personnelle d’enfant à laquelle on répond, quelques blagues envoyées par les auditeurs et, toujours développée par un enfant, la traditionnelle reco culturelle indispensable à tout podcast.

Si vos enfants en redemandent il existe également « Maman j’ai raté l’actu » qui sort tous les quinze jours et je suis prêt à parier que d’autres, initiés par des journaux et autres vont suivre ce même modèle en 2020.

 

Les chemins de désir – Épisode 1 “La première fois”

lescheminsdedesir.pngSarah-Lou : Les Chemins de désir n’ont pas manqué de presse ni de prix cette année… mais j’ai tant aimé écouter cette série en six épisodes diffusée en mars dernier par Arte Radio que je ne pouvais pas imaginer finir l’année sans en parler sur ce blog.

L’autrice, Claire Richard, donne beaucoup de sa personne : elle explique en détail sur quoi, comment et pourquoi elle a commencé à fantasmer sexuellement. Une exploration des chemins qu’emprunte son désir. En remontant le temps, et le fil de ses pensées, elle identifie les expériences qui ont mené ses fantasmes là où ils sont aujourd’hui. J’ai grandi en même temps que Claire Richard, et je me suis reconnue à chaque étape de la construction de son désir : l’interdit des BD érotiques des bibliothèques des adultes, l’arrivée d’internet, chatroulette, youporn, etc. Bien évidemment, vous commencerez l’écoute de la série par le premier épisode, où la narratrice nous invite dans les dimanche après-midi chez sa grand mère, quand elle avait huit ans…

Il faut du courage et du travail pour réussir à parler si justement d’un sujet aussi intime, et lui donner une telle dimension universelle.

Cette série de podcasts se range dans la catégorie des fictions sonores : l’autrice lit un texte certes autobiographique, mais elle fait intervenir de nombreuses voix, des incarnations de ses pensées intérieures, de ses rencontres, interprétées par des comédien.ne.s. Le texte est digne d’une œuvre littéraire… il a d’ailleurs été édité simultanément à sa diffusion aux éditions du Seuil.

Mais la qualité de ce podcast réside aussi dans la virtuosité de son écriture sonore. Rien d’étonnant à ce que ce trésor soit sorti des studios d’Arte Radio car les musiques, bruitages et respirations démontrent une parfaite maîtrise de la création radiophonique. Bravo à Sabine Zovighian et Arnaud Forest qui ont participé à sublimer ce récit sonore, et ont su utiliser tous les codes des glorieuses vidéos ASMR (si vous le connaissez pas l’ASMR c’est par ici).

J’ai déjà recommandé ce podcast à plusieurs personnes cette année… toutes ont été conquises. Enfin… surtout les femmes !  D’ailleurs, je ne suis pas la seule Moissoneuse à avoir voulu décerner cette palme aux Chemins de désir.

Eloge du vent en 9 mouvements, Philip Samartzis, Le Grain des choses n°2 “Bruits de fond”.

bg_desktop.pngAlice : Prenez votre casque. Éteignez la lumière, allongez-vous et plongez dans ce documentaire sonore comme on s’abîme dans l’océan. Une heure d’écoute, j’en suis ressortie le corps flottant et enveloppée de sons, avec l’impression d’avoir navigué à travers les souvenirs et les oreilles du réalisateur.

Dans ce récit qui relève de la quête d’absolu et du journal intime, Philip Samartzis prend le contrepied de ce que font habituellement les preneurs de son : il enregistre le vent. Ce vent généralement considéré comme un bruit parasite, il va le chercher aux quatre coins du monde et en fait le motif principal de son récit.  « Le vent voyage à travers les choses » dit-il devant un paysage sec d’Australie, son pays d’origine. C’est la nature de ce qui est traversé par le vent que nous entendons, et qu’il recueille.

Antarctique, Italie, Australie… Pendant qu’on écoute ces vagues de vents lointains, ces bourrasques qui font craquer la neige, bruisser les forêts asséchées, et grincer les éoliennes rouillées, les paysages engendrent un récit. J’avais parfois l’impression d’écouter le journal intime d’un personnage de La Horde du contrevent tant il fait de l’air une matière riche et nuancée. Et dans un anglais presque murmuré, il déroule les paysages déserts dans lesquels il enregistre. Des lieux anciennement habités par des aborigènes que les colons ont délogés, aujourd’hui déserts. La prise de pouvoir de l’industrie sur des zones exploitées. Les feux monumentaux d’Australie. A la mélodie de sa voix anglaise s’entrelace une voix française qui traduit ces réflexions intimes sans les dénaturer.

P.S. : Après avoir choisi de vous recommander ce documentaire, je me suis rendu compte qu’il avait été produit par France Culture en 2017 et diffusé dans l’émission Création on air. Il est donc rediffusé par la revue sonore Le Grain des choses, dont le numéro 2, sorti en 2019, a pour thème « Bruits de fond ».

Trapped in Syria, épisode 1 et épisode 2, The Daily (du New York Times)

merlin_152767029_a90b2727-c6b0-42b7-b9b0-63d94981dd92-superJumboAdélie: Ces deux épisodes du podcast The Daily nous emmènent en Australie. Au mois d’octobre dernier, il ne s’agit pas encore d’incendies terrifiants aux airs de fin du monde. Le sujet qui nous intéresse touche tout autant la France, l’Angleterre, la Belgique, et tout un tas d’autres pays occidentaux. Un père, Kamalle Daboussy, essaye de faire revenir sa fille Mariam de Syrie. Le père et la journaliste retracent ensemble l’enfance, l’adolescence et le mariage de Mariam, jusqu’à ce voyage en Syrie. Pour comprendre son évolution oui, mais aussi pour lui rendre l’individualité et la personnalité qu’elle a perdues au regard du monde.

Les deux épisodes sont rythmés par les coups de fils entre Kamalle et sa fille. Ils sont irréguliers, arrivent souvent de manière inopinée. On y entend un père qui tente de rassurer sa fille terrifiée par les bombardements ; elle, lui demande sans cesse quand elle pourra rentrer.

L’histoire prend un tour inattendu lorsque Kamalle décide d’aller convaincre le gouvernement australien de sauver Mariam et ses enfants, de les aider à rentrer chez eux. La journaliste le suit alors dans son périple en voiture à travers l’Australie direction Canberra, elle est embarquée avec lui dans sa voiture. L’épisode prend lui aussi le temps de faire le voyage, et c’est le format de l’interview qui explose presque dans le huis-clos de l’habitacle –entre chansons fredonnées et confidences.

Le résultat est un double épisode riche en composantes sonores et en niveau de discours. On voit tour à tour le père seul face à son inquiétude, le père nostalgique, le père rassurant, le père face aux sénateurs et au gouvernement, seul avocat de sa cause.

Liste bonus : les autres podcasts que les Moissonores ont aimé en 2019

 

Vos oreilles en redemandent ? Retrouvez nos recommandations de podcasts des mois précédents.

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