Les recommandations de janvier 2019

Pour commencer l’année 2019 voici notre sélection de podcasts : L’envers du récit, L’avenir raconte, Programme B, No Man’s land et Ecouter le cinéma. Et ce mois-ci nous accueillons comme invitée Lisa du podcast La Menstruelle

L’envers du récit #3 – Pone, combattant de la sérénité

Capture d’écran 2019-02-26 à 21.10.43Fanny : Pour janvier je vous conseille “L’envers du récit”, le podcast de la rédaction du journal La Croix. Depuis plusieurs mois les podcasts faits par des médias fleurissent, mais celui-ci sort clairement de la masse. Chaque épisode raconte, comme le titre bien choisi l’indique, “l’envers du récit” d’un reportage par le journaliste qui l’a écrit. Les premiers sujets accrochent forcément les oreilles curieuses : voyage à bord d’un cargo de marchandises, enquête sur la trace des rois mages… ou encore rencontre avec une légende de la musique atteint d’une maladie incurable.

C’est de ce troisième épisode que je souhaite vous parler. Dans le cadre des débats de réflexion sur la fin de vie, le journaliste Loup Besmond de Belleville, du service France et bioéthique de La Croix, raconte sa rencontre avec Pone, un des membres de la Fonky Family, groupe de rap qui a connu ses heures de gloire dans les années 80-90. L’ancien chanteur souffre de la maladie de Charcot, il ne peut plus parler ni se déplacer et se bat pour continuer de vivre avec sa famille et ses filles autour de lui dans le sud de la France.

L’originalité de ce podcast réside bien sûr dans ces sujets, des histoires que vous n’entendrez nulle part ailleurs, et même si le format est classique (30 minutes avec juste la voix du journaliste) c’est pile ce que j’aime (dans le même style je vous avais aussi parlé de Magma), avec du travail en plus sur l’ambiance sonore (comme dans le podcast Pod Monstres Trésors d’ailleurs).

L’envers du récit offre aussi une mise en abîme du travail de journaliste (qui est assez rare en français il me semble), mais sans objectivité formelle. L’auditeur revit la rencontre racontée par le journaliste, entre silences et paroles robotiques, ses interrogations, ses émotions et ses craintes. Ce troisième épisode est peut être le plus chargé en émotion qui soit paru à l’heure où j’écris ses lignes, l’histoire de Pone subsiste en moi à travers la parole de Loup Besmond de Belleville, et il me reste en tête l’image du journaliste dans sa voiture après l’interview qui coupe la voix de son GPS, le cœur serré.

Lancé en janvier, vous pouvez retrouver un nouvel épisode de L’envers du récit tous les mercredis dans vos applications de podcasts ainsi que des liens vers les reportages écrits. Seul bémol cependant selon moi, les visuels personnalisés pour chaque épisode par Mathieu Ughetti font beaucoup penser aux visuels de d’autres podcasts, et même s’ils sont de très bonne qualité, je regrette le manque de prise de risque dans l’identité graphique.

L’Avenir raconte – Episode 3: L’invasion allemande en mai 1940 – Podcast du journal L’Avenir

Capture d’écran 2019-02-26 à 21.11.39Grégoire : La mine d’informations que constituent les archives des médias est, à mon avis, trop peu exploitée. Le journal L’Avenir a trouvé un moyen intéressant d’utiliser les siennes : en faire un podcast. Sur sept épisodes d’environ cinq minutes chacun, L’Avenir raconte revient sur des événements de l’histoire belge couverts par le journal, situés entre 1934 et 1958.

L’épisode consacré à l’invasion de la Belgique par l’Allemagne, le 10 mai 1940, est particulièrement intéressant. Corinne Marlière et Jean-François Pacco racontent comment l’édition de Vers l’Avenir (l’ancien nom du journal belge) du lendemain mêle flatterie des sentiments patriotiques et contenu plus habituel. Les nouvelles de guerre côtoient actualités locales et petites annonces. “On y croit, faisant semblant que la vie continue”, commente Jean-François Pacco. En seulement quelques minutes, en évoquant les trois dernières éditions du journal avant qu’il ne cesse sa parution jusqu’à la libération de la Belgique, l’épisode parvient à nous faire toucher du lobe l’atmosphère qui pouvait régner dans le plat pays à l’aube de ce terrible moment de l’Histoire.

Le dispositif de cette émission, assez simple (un mélange d’archives lues et de quelques éléments de contexte), fonctionne bien. En plus de (re)découvrir certains événements, de la mort accidentelle du roi Albert à un naufrage sur la Meuse, le parti pris de ce podcast permet de les appréhender à travers la plume des journalistes contemporains de ces moments, avec leur vision de l’époque, sans le recul de l’historien. Une manière ludique d’utiliser les archives d’un journal.

Programme B – Mannequins à l’heure de #MeToo

Capture d’écran 2019-02-26 à 21.12.33Lisa : Tous les jours, du lundi au vendredi, Programme B (du label de podcats Binge Audio) propose un regard sur des sujets d’actualité. Un regard en biais : plutôt que de parler du sujet qui fait la Une des journaux, ils essaient de prendre un peu de recul et d’aborder leur question du jour avec des concerné.e.s et des experts.

Début janvier, pour l’épisode 39, ils ont dérogé à leur rythme de publication (un épisode d’une vingtaine de minutes par jour) pour diffuser un épisode en cinq parties : « Mannequins à l’heure de #MeToo ». On y rencontre Léna, Maria, Céline, Gabrielle et Emmanuelle. Blanche, asiatique, noire… taille 36 ou 46… hétéro ou lesbienne… chacune de ces femmes mannequins raconte sa propre histoire au micro de Jessica Gordon Braye. Qu’est-ce que ça veut dire prêter son image à l’heure de #MeToo et de la politisation croissante du corps des femmes ?

Dans ces cinq épisodes, les jeunes femmes qui témoignent interrogent les travers du milieu de la mode, elles sont sans concessions avec ses défauts, expliquent comment elles posent leurs limites et ce que ce métier leur apporte. « Si on les voit, on ne les entend que trop rarement« , nous dit Jessica Gordon Braye.

J’ai adoré ces portraits intelligents, sensibles, forts, réfléchis, pétillants, essentiels… qui questionnent l’univers du mannequinat, mais aussi le beau, le rapport au corps, la sexualité, les stéréotypes, l’identité, la féminité, la liberté. Pour une fois, on entend ces voix et c’est passionnant.

No Man’s Land  – Women’s Social Clubs

Capture d’écran 2019-02-26 à 21.13.16Sarah-Lou : Un petit conseil éclair pour les anglophones… j’ai écouté toute la première saison de No Man’s Land et j’ai adoré ! Ce podcast est produit par The Wing, un réseau d’espace de travail réservés au femmes, qui fleurissent un peu partout aux Etats-Unis ces derniers mois. Comme son nom l’indique, No Man’s Land ne parle que de femmes. La saison 1, diffusée de novembre à décembre 2018 raconte l’histoire de femmes que les livres d’histoire ont oubliées, alors qu’elles y auraient tout à fait leur place. Parmi elles : Queenie, Sylvia Plath, Ida B. Wells, Ana Mendieta. Le dernier épisode, paru fin décembre, raconte l’apparition des Social Club de femmes dès le XIXème siècle. C’est si bon de découvrir ces héroïnes que l’histoire a oublié de mentionner. Un merveilleux moyen d’empowerment comme diraient les ricains. Je recommande !

La productrice de No Man’s Land est une historienne, Alexis Coe, et vous pouvez tout savoir sur son projet grâce à cet article de Vulture. A écouter !

Ecouter le cinéma – Arte radio, 5 épisodes de Laeticia Druart

Capture d’écran 2019-02-26 à 21.13.48Alice : « Le son, c’est du temps », dans cette série documentaire sur le son au cinéma les technicien.nes (monteurs, compositeurs, bruiteuse…) nous font entrer dans les coulisses du son. Derrière l’évidence de l’image, ils racontent comment on fabrique un silence, comment on installe un sentiment d’angoisse ou d’apaisement, et c’est passionnant !

J’ai particulièrement aimé le premier épisode qui parle d’ambiance, de sensation doucement installée, de couleur sonore… on découvre un travail de mise en scène souterraine et immersive, qui oriente la lecture de l’image, ou au contraire crée un décalage.

Les épisodes suivants racontent la fabrication d’effets sonores : Quelle voix peut bien avoir un extraterrestre ? Comment rendre King Kong effrayant, ou donner une humanité à un robot ? On découvre petit à petit toute l’ingéniosité des bruiteurs qui détournent, déforment, associent des sons qu’ils ont glanés un peu partout pour trouver une voix à des créatures fictives comme Godzilla ou E.T.  

Dans l’épisode 3, j’ai adoré les entendre énumérer comme dans un inventaire à la Prévert tous les objets qu’ils utilisent pour créer des effets : salade croquante, mouchoirs en papier, pamplemousse…

Ils se prêtent aussi à l’exercice de commenter des bandes son de grands classiques. On apprend par exemple que certains procédés inventés pour les besoin d’un film ont fait date et ont créé des normes encore valables de nos jours.

Cette série en 5 épisodes est donc très complète : on apprend beaucoup de choses sur l’histoire des techniques, on s’amuse devant les trucs et astuces des uns et des autres, on prend plaisir à tendre l’oreille avec eux sur les nombreux extraits diffusés. Et on s’émerveille en découvrant combien le « réel » des films est bricolé et inventif.

Pour aller plus loin : Le Chant des machines, déjà réalisé par Laetitia Druart pour Arte radio en 2017 sur un thème proche.

 

Vos oreilles en redemandent ? Retrouvez nos recommandations de podcasts des mois précédents.

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