Les recommandations de l’été 2018

Après deux longs mois d’été, voici nos recommandations d’été : The Great God of Depression, Ecoute ça, The Daily, Captif et Les Chasseurs de Nazi. 

The Great God of Depression et Terrible, thanks for asking

Adélie: Comme je suis quelqu’un de fun et de léger, aux côtés de qui il fait bon vivre, j’ai passé mon été à écouter deux podcasts américains sur la dépression, la mort et la maladie.

GGoD_Podcast-logo_051418-1-1The Great God of Depression est une série de cinq épisodes d’une vingtaine de minutes environ produite par Radiotopia – un studio indépendant né d’un partenariat entre Roman Mars (99% Invisible) et PRX. Le podcast revient sur la vie et la maladie de deux personnes qui ont été parmi les premiers à parler publiquement de santé mentale aux États-Unis. En 1988, quelques mois après le suicide de Primo Levi, William Styron – auteur du livre et scénariste du film éponyme Le Choix de Sophie – publiait une tribune dans le New York Times où il critiquait les réactions de la communauté scientifique face à la mort inattendue et brutale de l’écrivain italien. “Il est mort d’une maladie qui s’est avérée être mortelle, et sa mort ne devrait être l’objet d’aucun jugement moral,” concluait-il dans un article puissant où il partageait avoir lui aussi souffert de dépression, “implacable bruine grise d’horreur.” Dans son livre Face aux ténèbres publié en 1990, il parle avec franchise de son expérience de la dépression et met le sujet de la santé mentale sur la place publique. Le podcast parle de la publication de ce livre comme d’un moment “MeToo” de la santé mentale : une brèche soudainement ouverte au delà du tabou, de la douleur et de la honte. L’autre personnage clé de ce podcast est la neurologue Alice Flaherty, qui à travers son travail et sa vie personnelle s’est retrouvée confrontée au tourbillon de la maladie mentale. C’est avec elle que commence le podcast, avant qu’elle ne tombe malade et avec qui la productrice Pagan Kennedy traverse “les portes de fer qui mènent au monde des morts”. Son travail et ses symptômes l’amèneront peu à peu à découvrir l’oeuvre de William Styron et les confins du cerveau, cet organe dont on accepte et reconnaît si peu les maux.

PrintTerrible, thanks for asking, est quant à lui un podcast produit par American Public Media qui s’intéresse à tous les moments de douleur que nous rencontrons au cours de nos vies, à toutes les fois où nous avons répondu “ça va” avec un sourire éteint alors qu’à l’intérieur nous poussions un hurlement abyssal. Nora McInerny, la présentatrice du podcast, connaît bien cette sensation : en l’espace de quelques semaines il a quelques années, elle perdait son deuxième enfant lors d’une fausse couche, son père mourrait d’un cancer, et son mari d’une tumeur au cerveau. Et comme toujours avec ce genre d’expérience, c’est difficile d’en parler et pour les autres, c’est difficile à entendre. On ne sait pas comment réagir, on préfère ne pas y penser, on ne sait pas quoi faire pour aider et accompagner. Et parfois on juge, car on ne comprend pas les mécanismes mis en place par chacun pour dépasser ses propres épreuves. Je vous conseille en particulier l’épisode 43, So Many Things At Once, où une jeune femme parle des trois fois où un cancer a interrompu sa vie et ses plans d’avenir. Elle raconte comment Tinder l’a aidé à se sentir normale et à trouver du soutien au delà de son cercle d’amis proches.

En ce qui me concerne, j’adore écouter ce genre de podcast qui prennent à bras le corps des sujets dont on n’ose pas parler car ils sont trop lourds, trop durs, trop incompréhensibles. Je crois que ce qui me plaît c’est de découvrir la multiplicité des réponses et des ressources que trouvent les autres humains pour vivre avec ou résoudre leurs problèmes. J’y trouve une source inépuisable de réflexion, sans jugement, avec empathie et humilité. Et finalement, je trouve ça incroyablement apaisant d’avoir un espace curieux et bienveillant où avoir ce genre de conversations.

 

Ecoute Ca Episode 35, Zikdepod 5

big_cover_59f9e651a9b4975de0006e49Fanny: Cet été j’avais envie d’écouter des podcasts que je m’étais mis de côté depuis plusieurs mois, qui demandent un peu plus de concentration et ne peuvent pas juste s’écouter en travaillant, alors ils ont occupé mes quotidiennes et longues heures de bus.

D’habitude dans son podcast Ecoute ça, Dam vous parle avec son comparse Tom d’une (re)découverte musicale, en analysant soit un album, un titre ou carrément un groupe de leur choix. Tout y passe : les paroles, le chant, la mélodie, la composition, les accords, et l’histoire autour du groupe et des chansons. Dam pousse même l’analyse jusqu’à parfois rejouer lui même à la guitare certains passages pour expliquer une technique musicale. Ce que j’aime dans ce podcast c’est son accessibilité, je n’y connais rien en musique, pourtant le tout est très didactique et on peut apprendre des choses. En plus d’expliquer, Dam n’hésite pas à donner son avis et ses impressions. Par exemple dans l’épisode sur Caravan Palace il confie dès le début ne pas aimer le groupe, mais il va quand même examiner l’album éponyme dans l’épisode 26.

Cette démarche fait évidemment penser aux chroniques de Rebecca Manzoni sur France Inter, qui tous les jours dans la matinale analyse une chanson. Mais une des forces (et parfois des faiblesses) du podcast est la liberté de la durée, il n’y a pas de limites. Dam peut rentrer en profondeur dans l’étude des morceaux, sans avoir à regarder la pendule.

Cet été Dam a demandé à des podcasteurs de lui proposer des titres à disséquer, car il avait envie d’un format “plus léger et participatif, et parce que je me sentais un peu isolé sans Tom depuis quelques numéros”. Dans le cinquième épisode de cette série, il analyse notamment le remix du titre “Le Temps est bon” suggéré par Potes Cast, qui est aussi le générique du podcast “absurdePim Pam Poum (vous avez l’avoir dans la tête pendant plusieurs jours après l’écoute de ce podcast). J’aime particulièrement cette explication assez complète, Dam rentre dans les détails mais ne se perd pas. Cette série d’été est aussi l’occasion de vous donner l’occasion de découvrir d’autres podcasts, c’est une recommandation à multi-tiroirs !

Pour être totalement honnête, il se trouve que j’ai participé à cette série d’été, mais j’avais décidé de vous parler de ce podcast avant qu’il me propose à mon tour de lui soumettre un titre, car je pense que c’est vraiment un podcast qui mérite d’être mis en lumière. Pour le tirer de sa zone de confort je lui ai confié une chanson d’un groupe marocain que j’adore, Hoba Hoba Spirit. En écoutant le résultat dans l’épisode 35 j’ai eu des larmes de joie, il a vraiment fait beaucoup de recherches et j’ai appris beaucoup de choses.

 

The DailyDivided, parties 1 et 2

7fdd4469c1b5cb3b66aa7dcc9fa21f138efe9a0310a8a269f3dcd07c83a552844fcc445ea2d53db1e55d6fb077aeaa8a1566851f8f2d8ac4349d9d23a87a69f5.jpegGrégoire : Souvent, le podcast quotidien du New York Times réagit à une importante actualité du jour, que le présentateur décortique avec un reporter du journal américain. Le résultat est souvent très bon, et on ressort de la vingtaine de minutes que dure le podcast en ayant l’impression d’avoir compris les causes, le contexte et les points majeurs d’une actu.

Le double épisode que je recommande pour cette rentrée fait partie d’une autre catégorie, celle qui prend du recul. Les épisodes du Daily appartenant à cette catégorie que j’ai écoutés sont particulièrement excellents (exemples ici et ).

Dans “Divided”, des journalistes du New York Times reviennent sur la politique de l’administration Trump qui consistait à séparer des enfants migrants de leurs parents. L’écoute est édifiante : la journaliste ayant mené l’enquête révélant l’étendue de cette pratique raconte les coulisses de son investigation, et on entend certains des premiers concernés, notamment une mère qui a été séparée de son enfant. La narration, appuyée par des sons d’archives, réussit à la fois à nous faire revivre ces événements d’il y a quelques mois et à faire la clarté sur cette mesure, dont l’application a rendu le processus inverse (réunir les familles qui ont été séparées) très compliqué.

 

King Kong Mag – Captif

artworks-000349306515-z56iqh-t500x500Sarah-Lou : Téléchargé sur mon téléphone depuis un tweet vu passé au mois de mai… Captif  attendait le creux de l’été pour être écouté. Et je suis bien contente de ne pas l’avoir effacé pour faire de la place ! Cet épisode est l’un des premiers de King Kong Mag, la version magazine d’un festival consacré aux arts numériques à Namur en Belgique apparemment bien connu. Pour le moment, le projet reste à l’état embryonnaire car il n’ont rien republié depuis leur numéros de lancement au mois de mai… mais j’espère qu’il vont reprendre parce que j’ai ADORÉ !

Captif est un petit bijou réalisé par Caroline Gillet (la grande prêtresse de A Ton Âge) et Julien Cernobori (le grand gourou de Super Héros) : deux poids lourds de la scène podcast française… la promesse était grande, et le résultat est à la hauteur. On découvre peu à peu Nicolas, un homme qui nous raconte son premier mensonge et les conséquences qu’il a eu sur son destin. Je n’en dis pas plus pour ne pas vous spoiler… mais je vous conseille d’écouter ! Ce témoignage de 48 minutes aurait presque sa place dans Transfert de Slate, mais l’approche est ici un peu différente : point de suspens, un débit de parole moins broadcast. Mais une histoire passionnante, un témoignage ultra-touchant et prenant qui m’a tenu en haleine pendant près d’une heure. Je suis ressortie de cette écoute en ayant l’impression d’avoir rencontré une personne dont je n’aurais jamais dû croiser la route. Et c’est ce que je préfère dans le média sonore.

King Kong Mag n’a publié qu’une première salve de trois épisodes de son podcast. Je vous conseille également La femme immortelle, un docu-fiction cette fois-ci, écrit par Fabrice Lambert et réalisé par Antoine Bertin. Je ne sais pas quoi penser de la forme car je n’y suis pas habituée, et je suis un peu monomaniaque du témoignage documentaire (autrement dit les “vraies” interviews)… mais l’épisode a eu le mérite de me faire découvrir Henrietta Lacks dont je ne connaissais pas le destin. Et qu’on devrait pourtant tous connaitre et remercier ! L’épisode est doublé d’un article écrit dans le numéro de mai de King Kong Magazine, une interview, qui donne encore un autre éclairage sur son histoire.

Bravo à King Kong Mag pour cette innovation : lancer un format écrit et sonore en même temps, c’est chapeau ! Surtout quand la qualité est au rendez-vous. J’espère que l’aventure n’est pas en train de faire long feu…

 

Les Chasseurs de nazis – France Culture

1200x630bbAlice : L’été dernier, j’avais découvert le travail de Michel Pomarède et Jean-Philippe Navarre avec leur série Estelle, disparue, dont je guettais impatiemment les nouveaux épisodes tout au long de l’été. Leur documentaire, qui reprenait un par un tous les aspects de la disparition d’Estelle Mouzin, m’a plongée dans de longues interrogations sur le fonctionnement de la justice, l’évolution du deuil tout au long d’une vie, et le travail d’enquête au long cours. Je trouve que cette série réussissait à rester respectueuse de la famille (le père intervient plusieurs fois tout au long du podcast), tout en intéressant la néophyte que je suis au fonctionnement complexe de ce type d’enquête.

Cette année j’avais donc hâte de découvrir leur nouvelle série consacrée aux chasseurs de nazis. Une fois encore, il s’agit pour les protagonistes de questionner les limites du système judiciaire, et de mener une enquête quasi impossible, qui requiert d’y consacrer sa vie.

En 8 chapitres de 5 épisodes chacun (40 x 10 minutes en tout, que je n’ai pas fini d’écouter), M. Pomarède et J.-P. Navarre ont le temps d’explorer en détail cette chasse aux nazis, et restent synthétiques et clairs dans leurs propos. A l’aide d’archives et d’entretiens avec des historiens, ils évoquent notamment les tentatives de vengeances isolées de l’après-guerre – dont je n’avais jamais entendu parler !-, l’exfiltration organisée par les Etats-Unis d’anciens nazis vers l’Amérique, ou encore les fantasmes et fictions que ce type de traques ont pu créer.

Pas besoin d’être historien pour suivre, et si je préfère écouter les épisodes dans l’ordre, le format en chapitres permet néanmoins d’aller écouter un thème en particulier sans être complètement perdu.

 

Vos oreilles en redemandent ? Retrouvez nos recommandations de podcasts des mois précédents !

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