Les recommandations d’avril 2018

Ce mois-ci nous recommandons Ozef le podcast, le talk-show politique américain Amicus, un nouvel épisode de Caméflex, Gouinment lundi, et le dernier-né de Gimlet Media, The Habitat

L’épisode anniversaire de Ozef le podcast. 

Fanny : Depuis plusieurs mois j’avais l’impressiozeflepodcaston que Jonathan hésitait, ces épisodes de Ozef s’espaçaient dans le temps. Le Nantais était-il en train d’arrêter son podcast ? Perdait-il son goût pour le cinéma qui n’intéresse personne ? Allions nous perdre ce jeune talent podcastique ?

Et puis l’épisode anniversaire est arrivé. Un objet sonore inattendu, une étoile filante, qui n’a rien à voir avec ses épisodes habituels, autant sur la forme que sur le fond.

Accompagné de Thomas du podcast Parlons Péloches, Jonathan nous propose un voyage dans son univers mental et artistique. Des digressions, des chansons, de la musique expérimentale, des bonnes ondes à profusion. C’est simple, j’aimerais vivre dans ce podcast, nager dans ces eaux turquoises en perdant tous mes repères, ou plus simplement l’écouter assise à une terrasse en soleil en sirotant une limonade.

Amicus, with Dahlia Lithwick – Travel Ban 3.0 and Rinsing off Religious Animus for SCOTUS

amicusGrégoire : Étant généralement attiré par les podcasts narratifs, j’écoute assez peu de podcasts qui sont des entretiens ou des tables-rondes. Mais occasionnellement, je fais une exception, notamment quand ces entretiens rendent un peu plus intelligents ou cultivés (spéciale cacedédi au passage à la Moissoneuse qui présente Passion Médiévistes). C’est pour cette raison que j’ai choisi le podcast que je recommande ce mois-ci.

Sur la base de deux épisodes écoutés, je trouve que la force d’Amicus vient de ses vertus pédagogiques. Avec ses invités, la présentatrice décortique et fait comprendre des problèmes juridiques compliqués mais qui, au bout d’environ une heure, sont un peu plus compréhensibles pour le simple mortel et non-juriste que je suis.

Dans cet épisode sorti le 27 avril dernier, la présentatrice reçoit Joshua Geltzer, directeur exécutif de l’Institute for Constitutional Advocacy and Protection, pour discuter des débats juridiques autour de la troisième version du décret anti-immigration (le “travel ban”) de Donald Trump, en revenant notamment sur ce qui a été dit lors de l’audience à la Cour Suprême des Etats-Unis le 25 avril dernier, alors que cette dernière se penchait sur le cas Trump v. Hawaii.

L’entretien est bien mené et redéfinit des éléments de base nécessaires à la compréhension de celles et ceux qui ne sont pas des habitué.e.s des tribunaux. Les rappels historiques sont aussi appréciables : Dahlia Lithwick et Joshua Geltzer remontent jusqu’aux changements apportés à la loi sur l’immigration et la nationalité (Immigration and Nationality Act) en 1965, pour rappeler le contexte dans lequel s’inscrit ce décret anti-immigration, ainsi que des bases juridiques de la politique d’immigration des Etats-Unis.

Je regrette un peu le fait que la présentatrice et son invité semblent être, globalement, d’accord sur les sujets abordés dans l’épisode. Certes, ça permet une certaine complicité pas déplaisante à l’oreille, mais ça donne l’impression de n’avoir, en tant qu’auditeur, qu’une facette du débat. Quelqu’un qui trouverait que le décret anti-immigration de Donald Trump est une bonne chose, ou un.e invité.e plus neutre (Joshua Geltzer fait partie des personnes ayant présenté une note affirmant que le décret ne constitue pas un progrès pour la sécurité nationale des États-Unis) avancerait probablement d’autres arguments que ceux entendus dans cet épisode.

Ceci dit, je trouve assez remarquable qu’en une heure, on puisse comprendre les quelques éléments importants d’une actualité complexe, en allant au-delà du bruit et des déclarations choc.

De plus, dans ce podcast, le fait d’entendre les échanges se déroulant à la Cour Suprême des Etats-Unis permet de démystifier un peu l’institution. Est-ce qu’on a un équivalent français (que ce soit sur le Conseil d’Etat, la Cour de Cassation ou le Conseil Constitutionnel) ? Si vous en connaissez un, dites-moi, ça m’intéresse !
Cameflex EP12 – Emmanuelle Bercot : Dompter les corps.

cameflexAlice : Je triche un peu ce mois-ci en vous recommandant un épisode qui n’est pas sorti en avril mais à la toute fin du mois de mars. Il s’agit de l’épisode 12 de Cameflex : un long entretien avec Emmanuelle Bercot, ici interrogée sur son travail de réalisatrice (elle est aussi actrice).

J’avais déjà recommandé l’épisode 6 de Cameflex, un podcast d’entretiens avecdes professionnels du cinéma, en novembre dernier. L’inconvénient des premiers épisodes, consacrés à des techniciens du cinéma (monteur, chef opérateur, etc.), est que ces entretiens nécessitent d’avoir déjà quelques repères techniques. Mais l’épisode 12 devrait intéresser même ceux qui ne veulent pas s’attarder sur la technique.

bercot

La grande qualité de ce podcast selon moi est que l’interviewer, Léo Bigiaoui, est lui-même réalisateur. Ses questions sont donc précises et naissent de problèmes concrets qu’il a rencontrés dans sa pratique : comment mener une séance de casting ? Lors d’une prise, vaut-il mieux regarder les acteurs ou l’image retransmise via la caméra ? On l’entend d’ailleurs souvent réfléchir à haute voix, et je trouve agréable de le sentir au même niveau que l’auditeur, curieux et captivé par le savoir-faire de ses invités.

L’expérience d’Emmanuelle Bercot est passionnante et précieuse pour tout ceux qui s’intéressent aux processus de création en général, mais aussi à l’écriture, au travail du corps et au cinéma.

Gouinement Lundi – Episode 4.8 : Exilé-e-s LBT en France et Rroms LGBT en Europe

gouinementlundiSarah-Lou : Ce qui nous fascine chez Les Moissonores c’est le foisonnement de créativité rendu possible par le podcast. Mais nous n’oublions pas que ce foisonnement a déjà existé… à l’époque des radios libres ! Aujourd’hui, les quelques radios associatives qui tiennent encore le coup perpétuent cette tradition qui date des années 80 (comme l’explique le documentaire “Je quitte ma radio” de Grégoire Souchay sur Arte Radio).

La fin des emplois aidés précipite progressivement ces radios vers une mort certaine, mais je suis convaincue que leurs émissions vont survivre grâce au podcast.

Parmi elles… Fréquence Paris Plurielle, ou FPP pour les intimes.
Je connais très mal FPP, mais j’écoute depuis quelques années leur émission Gouinement Lundi, « l’émission féministe au prisme lesbien, bi et trans ». Je suis tombée dessus par hasard avec l’onglet recherche de mon application de podcast. Elle est distribuée sur le flux RSS de HomoMicro, l’émission gay de FPP. Parce qu’elle est réalisée parles des amateur-e-s sur une radio marginale, cette émission a sa place dans le paysage du podcast.

Le dernier épisode (du 28 mars 2018) attire notre attention sur le sort des réfugiées lesbiennes, bi et trans en France. Où l’on découvre que pour bénéficier du statut de réfugié des femmes demandeuses d’asile doivent « démontrer » leur homosexualité face à un agent de l’OFPRA…

Ce que je trouve exceptionnel dans cette émission c’est que la parole est toujours donnée aux personnes concernées, et pas seulement à des représentants d’associations. Les discours sont souvent loin des standards, pas broadcast, et les enregistrements sonores à la qualité hasardeuses demandent de se concentrer un peu plus… mais ça vaut toujours la peine de tendre l’oreille !

Ce qui m’épate surtout c’est la longévité et la régularité de cette émission qui finit sa quatrième saison. Malgré une qualité sonore et technique assez fragile : l’émission est enregistrée et diffusée en direct, sans montage. Ce repaire de militantes est surtout une tribune de passionnées de problématiques que je ne soupçonnais pas : comme la conservation des fonds documentaires sur les luttes lesbiennes et féministes, les revendications des associations de luttes pour la transidentités, ou encore les interrogatoires de l’OFPRA pour les demandeurs d’asile homosexuels.

LE PLUS : les pépites musicales dénichées par les animatrices valent à elles seules le détour ! Comme par exemple « Wir Sind Die Homosexuellen Frauen » dans l’épisode de 2016 sur la transmission de la mémoire des luttes lesbiennes et féministes.

The Habitat, Gimlet Media.

thehabitat

Adélie : The Habitat est le nouveau documentaire du studio américain Gimlet Media, dont les sept épisodes sont sortis le 18 avril. La journaliste scientifique Lynn Levy suit les aventures des six volontaires choisis par la NASA parmi des centaines de candidats pour simuler les conditions de vie sur Mars. Pendant un an, ils sont restés enfermés sur une base située sur un volcan à Hawaï, sans contact avec la Terre, sans pouvoir sortir de la station sans combinaison spéciale. Le premier épisode commence la veille du début de la mission. On rencontre les protagonistes : la cheffe, la médecin, l’ingénieur, l’architecte et deux scientifiques, dont un français, Cyprien Veseux. Ils font des plongeons dans l’eau chaude de l’île paradisiaque et profitent de leur dernier jour à l’air libre. Une fois les portes de la station fermées, c’est grâce à l’enregistreur prêté par la journaliste qu’ils enverront les enregistrements qui serviront aux épisodes suivants.

Gimlet Media délivre encore un podcast d’une grande qualité avec ce documentaire. L’accès obtenu par Gimlet Media à cette mission est exceptionnel. La réalisation l’est tout autant. Le travail de mise en forme narrative des enregistrements envoyés par l’équipe est impressionnant, rythmé, et étayé par des explications et des sons d’archives sur la vie dans l’espace. Il y a quand même 365 jours d’enregistrements à dépiauter pour au final produire sept épisodes d’environ 25 minutes léchés et sans temps morts.

Les six « martiens » semblent se prendre au jeu de l’enregistrement, à la recherche des sons de leur vie de tous les jours, cherchant à rendre l’espace dans lequel on évolue, se confiant de manière plus personnelle parfois dans le micro. Lynn Levy rend cette expérience aussi concrète que possible pour l’auditeur. Elle tente de cuisiner la nourriture déshydratée qu’on trouve sur la base, elle questionne l’équipe sur leurs habitudes ou sur leurs relations (j’ai d’ailleurs adoré l’épisode 4, “She likes to camp alone in the Finnish winter”). On entend, malgré la distance et malgré l’étrangeté de la situation, le dialogue se tisser entre les habitants de la base et la productrice. Les épisodes sont organisés thématiquement plus que chronologiquement. On se penche tour à tour sur l’hygiène, les relations humaines au sein de la base, le rapport au monde extérieur et à l’information,… C’est presque finalement, de la radio-réalité, et c’est avec une curiosité épatée que j’ai plongé dans ce documentaire au sujet hors du commun.

 

Vous pourrez trouver d’autres recommandations de podcasts sur nos articles mensuels !

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